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Le langage dans l’augustinisme : de la distinction à la hiérarchie entre les créatures

Il est commun d’affirmer que les milieux augustiniens, celui de Port-Royal en particulier, ont accueilli la thèse cartésienne de l’animal-machine avec faveur. La théorie de l’animal-machine, incapable d’avoir connaissance de ses actions (connaissance qui est le privilège de l’homme), présente en effet le bénéfice secondaire essentiel d’isoler l’âme humaine et de réserver l’immortalité à sa spécificité. Pourtant, la position des augustiniens à l’égard de l’animalité se trouve compliquée par l’outil même de la distinction des natures humaines et animales entre elles : la faculté de langage. Instrument de la distinction dans le cartésianisme, la faculté de langage, chez Augustin et ses héritiers, renvoie au problème plus global de la grandeur de l’homme et de sa place dans l’unité hiérarchisée de la création. Pour la nature humaine toujours menacée de céder à l’impropriété, le langage devient un outil très ambivalent, susceptible de servir la misère de l’homme, son animalité, plus que sa grandeur qui fait qu’il est capax dei. De critère fixe de distinction, la parole devient ainsi instrument de réalisation de la distinction : on n’est pas évidemment homme ni immédiatement humain face à l’animal. C’est pourquoi, dans les milieux littéraires où l’augustinisme a rayonné, la faculté du langage, spécifiquement humaine, a paradoxalement pu servir à l’humiliation de l’homme face à un animal dépourvu de raison raisonnante mais aussi de vanité, de passion destructrice, et de verbiage creux.

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Le lan­gage dans l’augus­ti­nisme : de la dis­tinc­tion à la hié­rar­chie entre les créa­tu­res